Les sources de financement pour les projets de sciences participatives

Les projets de type crowdsourcing, faisant intervenir des citoyens ou des experts amateurs pour la collecte de données, ont des besoins importants en infrastructures (applicatifs et plateforme) techniques et en animation. Il est en effet indispensable d’entretenir dans la durée la motivation des participants (retour d’informations vers ceux-ci, formation si nécessaire, forum d’échange, etc.) et de penser dès le départ à intégrer les frais d’évolution des infrastructures dans le temps.

Les financeurs de ce type de projets diffèrent des financeurs de projets plus académiques.

Au niveau régional

Les régions sont les pionnières du financement des recherches participatives. Elles incitent régulièrement au partenariat chercheur – citoyens. Renseignez vous dans vos régions.

Les appels à projets

Les régions financent des appels à projets qui doivent être construits en partenariat entre des laboratoires universitaires et des associations de la société civile.
Ex. l’appel à Projet « Recherche et Société(s) 2020 » de la région Occitanie.

Il existe aussi des appels à projets émanant de Maisons des Sciences, d’IdEx ou d’universités présents dans la région :

  • Après la première édition de 2019, l’université de Lille s’associe à la Boutique des Sciences et renouvelle son Appel à Manifestation d’Intérêt  »Recherche Participative » 2020 via la Maison européenne des sciences de l’homme et de la société – Lille
  • La nouvelle Université de Paris et ses partenaires au sein de Sorbonne Paris Cité souhaitant « s’impliquer dans cette nouvelle dynamique qui contribue à renforcer le lien entre l’Université et la société et à renouer un lien de confiance entre les acteurs de la recherche et les citoyen·ne·s » lance en 2020 un appel à projet Science et Recherche Participative
  • L’IdEx de Strasbourg propose chaque année de financer des projets de type participatifs.
  • En Occitanie, la Maison des Sciences de l’Homme SUD propose aux chercheurs de toutes disciplines, Sciences Humaines et Sociales et autres sciences, et à leurs partenaires non-académiques, un accompagnement matériel, humain et financier, afin de les aider à développer leurs recherches et à favoriser le dialogue entre scientifiques, entreprises, associations, citoyens et élus, autour des impacts sociétaux des sciences et des techniques. La MSH SUD organise, pour cela, des appels à projets afin de soutenir, chaque année, plusieurs équipes-projets interdisciplinaires sélectionnés par son conseil scientifique.
  • Agropolis fondation qui rassemble 42 unités de recherche localisées à Montpellier et dans ses environs mais également à la Réunion, propose régulièrement des Appels à projets dont le coordinateur doit appartenir à une des équipes locales. Le dernier en date faisant explicitement références aux approches participatives est celui de 2020 « Climate change, biodiversity, food systems: Agriculture-Based Solutions »
Les dispositifs PSDR « Pour et Sur le Développement Régional »

Initié en 1993 par l’INRA, les programmes PSDR vise à produire des connaissances scientifiques sur le développement régional mais aussi des outils d’aide à la réflexion et à la décision pour les personnes en charge du développement (agents de développement, élus territoriaux, professionnels…).

Le PSDR 4 (2014-2018) comportait 33 projets de recherche qui se répartissaient dans 10 grandes régions. Le financement est assuré à 50% par le Conseil Régional et à 50% par l’INRAE et le CIRAD dans les régions où ces instituts sont présents.

Au Niveau national

Des propositions émanant des ministères
  • Le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation lance chaque année un appel à projets destinés aux associations ou aux équipes de recherche œuvrant dans le champ des relations entre science et société. Les projets financés peuvent permettre à une association de financer son activité d’animation d’un collectif d’experts ou de citoyens dans le cadre d’un programme de recherche de type crowdsourcing.
  • Le Secrétariat général pour l’investissement (SGPI) est chargé, sous l’autorité du Premier ministre, du suivi du Grand plan d’investissement et de la mise en œuvre du Programme d’investissements d’avenir (PIA). Ce programme vise à financer des investissements innovants et prometteurs sur le territoire, afin d’accompagner les réformes structurelles et répondre à quatre défis majeurs de la France : la neutralité carbone, l’accès à l’emploi, la compétitivité par l’innovation et l’État numérique.
  • Le gouvernement propose plusieurs aides aux associations à travers des appels à projets gérés par différents ministères (ex : le Fonjep Recherche par le ministère de l’éducation nationale et de la jeunesse)
Des consortiums

CO3 : L’ADEME, la Fondation de France, Agropolis Fondation, la Fondation Daniel & Nina Carasso et la fondation Charles Léopold Mayer – FPH, se sont associés pour créer en 2018 un dispositif expérimental novateur de soutien à la recherche participative : le CO3 CO-COnstruction des Connaissances pour la transition écologique et solidaire. Pas de nouveaux appels à projets car il semble que ce soit maintenant plutôt sous un nouveau consortium « Agir pour la transition » que se financent les nouveaux projets. A suivre tout de même.

Agir pour la transition : Mis en place dans le cadre du grand plan relance et associé à l’ADEME, Agir pour la transition propose de financer des projets portés par les entreprises et les collectivités.

Les Appels à projets ne mentionnaient pas explicitement le mot « participatif » mais espérons que le futur PSDR soit plus explicite.

  • Les Fondations
    • Fondations de France

Associée au Groupement d’Intérêt Scientifique « Démocratie et Participation », elle lance le premier Prix de la recherche participative. L’objectif est de valoriser des travaux de recherche, dont les premiers résultats permettent d’évaluer la manière dont s’articulent la production de connaissances et l’action mise en œuvre sur le terrain.

    •  Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme : FPH

Les moyens de cette fondation suisse proviennent des revenus du patrimoine légué par Charles Léopold Mayer (1881-197), ingénieur chimiste, financier et humaniste. La FPH soutient par ses dons des mouvements et des organisations de la société civile dans leurs actions de plaidoyer en faveur d’une transition sociale et écologique. La fondation se consacre à l’accompagnement des acteurs du changement sur le long terme : renforcement des soutiens structurels aux organisations de la société civile, implication dans les réseaux de fondations pour une meilleure coordination des appuis.

    •  Fondation Daniel et Nina Carasso

Créée en 2010, en hommage à Daniel Carasso, fondateur de Danone, et à son épouse Nina, la Fondation agit en France et en Espagne et se dit indépendante de toute société commerciale. Les porteurs de projet peuvent soumettre une demande de financement dans le cadre de l’un des appels à projets annuels, soit sur l’axe Alimentation Durable, soit sur l’axe Art Citoyen) et pour chaque pays d’intervention (France, Espagne).

    • Fondation d’entreprise Hermès

Elle explique vouloir « Soutenir les hommes dans leur relation aux écosystèmes. Accompagner des populations situées dans des écosystèmes fragiles, qui utilisent matières premières et ressources en recourant à des savoir-faire ancestraux. Et concentrer son action sur la sensibilisation et la formation à des pratiques durables, en matière de culture, d’élevage et de construction ». Elle soutient actuellement le projet de sciences participatives « Vigie-Nature École », destiné au public scolaire.

    • Fondation Louis Bonduelle

Après plus de 10 ans d’appels à projets et de soutien à la recherche, notamment via son Prix de Recherche Louis Bonduelle, cette Fondation a décidé de faire évoluer son financement vers un dispositif de soutien à la recherche participative. Son dernier appel à projet « Recherche participative pour une alimentation plus végétale » s’adresse à des équipes de recherche-association citoyenne. Et vise à financer des « projets se trouvant ainsi au plus proche des réalités de terrain et augmentant les chances d’impact positif sur le processus de changement d’habitudes alimentaires, si complexe et multifactoriel »

  • Fondation Groupama

Elle finance plutôt les projets en lien avec les maladies rares. Le projet « Balades solidaires » en juin 2019 a permis à CiTique de financer sa nouvelle application

  • Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme

Depuis 2016, la Fondation pour la Nature et l’Homme et l’Union Nationale des Centres Permanents d’Initiatives à l’Environnement, réseau regroupant 80 associations réparties partout en France, proposent des actions très concrètes à destination des citoyens et des collectivités. Trois projets significatifs sont actuellement en cours : Mon Restau Responsable®, démarche visant à faire de la restauration collective un levier de transformation des pratiques agricoles et de la gouvernance alimentaire ; « Open », le premier portail internet grand public dédié aux programmes de sciences participatives en faveur de la biodiversité et « My Positive Impact », concours citoyen de valorisation des solutions pour le climat.

Pas de financement en cours mais à surveiller.

Au niveau Européen

  • La commission européenne lance des appels à projets dans le cadre du « green deal call ». Il y a une incitation à ce que les réponses adressent des problématiques citoyennes en lien avec le développement durable et l’environnement. Si la méthode du crowdsourcing n’est pas explicitement soutenu, les consortiums avec des associations de terrain qui œuvrent dans ces thématiques seront dans le cadre de la nouvelle stratégie de l’UE : le multi-acteurs.
  • Fondation BNP Paribas : avec le programme « Climate & Biodiversity Initiative ».

Quelques points de vigilance

Ces financements ne sont pas plus pérennes que pour des projets non participatifs. Ils permettent la plupart du temps de financer un projet de 3 ans maximum. Or les projets participatifs sont souvent à long terme. En outre, les financements ne sont pas prévus pour permettre une certaine flexibilité et gestion adaptative au processus de recherche, et risquent de «verrouiller» les partenaires dans un cadre fixe d’activités énumérées dans la proposition de projet originale.

Or il est acquis que les projets de crowdsourcing (et plus généralement les projets participatifs) sont souvent itératifs et ne doivent pas s’interdire de faire l’objet de réorientations assez fréquentes. Plus que des projets, il s’agit de processus appelés à évoluer au fur et à mesure des données récoltées.

Egalement, il peut être difficile pour des associations ou des structures citoyennes de justifier une part d’autofinancement lorsque cela est demandé par le financeur.
Les pesanteurs administratives sont souvent fortes (en matière notamment d’octroi de financement et de distribution entre les structures partenaires) et n’incitent pas ces mêmes associations à être partenaires de tels programmes de recherche.

 


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