Publier ou ne pas publier dans les éditeurs « de la zone grise » comme MDPI ou Frontiers ?

J’aurai voulu savoir si Inrae avait pris position par rapport aux éditeurs MDPI et Frontiers, souvent considérés comme des éditeurs « gris » ? quel est le discours de l’établissement vis à vis de ces 2 éditeurs dont les journaux peuvent avoir un facteur d’impact élevé ? quels messages faire passer aux agents qui veulent publier dans ces revues ?

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Plus de 90 listes de contrôle aidant à l’identification des journaux prédateurs existent aujourd’hui et plusieurs articles se font l’écho du fait que les critères permettant de les distinguer se révèlent parfois insuffisants. Entre les « white lists » (éditeurs de confiance) ou les « black lists » (éditeurs prédateurs), une zone de flou ou « gray area » est apparue comportant des journaux sujets à controverse car répondant bien aux critères des 2 types de listes (voir l’article : Black & white response in a gray area: Faculty and predatory publishing. ACRL 2019 Proceedings 529-544. Chicago, IL: American Library Association).

Les éditeurs MDPI et Frontiers font effectivement partie de ces éditeurs controversés. Leurs revues sont assez prisées des chercheurs INRAE ainsi que d’autres institutions ou universités en France ou à l’étranger. Elles se caractérisent par de forts taux d’acceptation moyen à la soumission (plus de 60% pour Frontiers), des délais de publication très courts, de nombreuses citations reçues, parfois même de forts facteurs d’impact mais des doutes subsistent quant au processus éditorial ou à la qualité réelle des évaluations (voir les pages wikipedia des deux éditeurs : https://en.wikipedia.org/wiki/Frontiers_Media et https://en.wikipedia.org/wiki/MDPI).

Les sollicitations de ces éditeurs par email pour éditer des special issues sont à mettre en regard des editorial board pléthoriques et des faibles taux de rejets de ces éditeurs.
Il y a quelques années, MDPI a créé la revue « ANIMALS », à une lettre près d’un titre dont l’INRA est co-propriétaire, « ANIMAL », entrainant une grande confusion chez les auteurs, ce qui ne plaide pas en faveur des pratiques cet éditeur. Toutefois, MDPI répond aussi à des critères pouvant l’exclure des « prédateurs » (voir notre réponse à une question sur MDPI de mars 2019 : https://ist.blogs.inrae.fr/questionreponses/2019/03/19/editeur-mdpi/).

Considérant la liberté de publication des chercheurs, l’Institut n’interdit pas de publier dans les revues qu’ils diffusent mais encourage chacun à exercer son analyse critique du support de publication, préalablement à toute soumission d’article.

Notamment, lors du choix d’une revue dans laquelle publier, il faut se questionner sur la valeur scientifique de la revue en évaluant la qualité des articles déjà publiés avec une attention au respect de l’intégrité scientifique.

Une note parue fin 2019 dans Nature (voir l’article : Predatory journals: no definition, no defence Nature 576, 210-212 (2019), doi: 10.1038/d41586-019-03759-y) soulève la difficulté pour les auteurs de s’y retrouver et rapporte une nouvelle initiative portée par une quarantaine de représentants de l’édition scientifique, d’institutions académiques, de bibliothèques, de financeurs de la recherche provenant d’une dizaine de pays. L’objectif est de proposer une nouvelle définition, partagée de “journaux prédateurs” : “Predatory journals and publishers are entities that prioritize self-interest at the expense of scholarship and are characterized by false or misleading information, deviation from best editorial and publication practices, a lack of transparency, and/or the use of aggressive and indiscriminate solicitation practices.” ; ainsi que des critères qui font consensus pour les détecter : fausses informations, pratiques éditoriales discutables, manque de transparence, sollicitations agressives….

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